Si tu veux comprendre l’Ours,

il faut marcher sur ses traces, emprunter les chemins qu’il utilise pour se déplacer…

Et si tu veux savoir si tu es sur le bon sentier, il faut ouvrir l’œil, et le bon tant qu’à faire…

A Somiedo, cela ne pose pas trop de problèmes,

avec ses 350 à 400 Ours pour 300 km2 de surface habitable,

les autoroutes à Ours sont nombreuses, même si on ne peut pas toutes les emprunter.

Il y a des zones de quiétude inaccessibles, tout dépend de la nourriture du moment.

Et avec le petit risque, selon les horaires que tu as choisi, de croiser un plantigrade en goguette.

 

Un matin, je marchais sur un de ces sentiers, et au vu des nouvelles traces que j’avais trouvé,

j’ai compris qu’un Ours était passé dans la nuit…voire deux…

Il y avait un silence total, magique et impressionnant…des moments que j’aime…

où j’ai cette délicieuse sensation de faire partie de ce monde sauvage…

Et voila que soudain, je me suis mis dans la tête que j’étais suivi !!…

Je rigolais de cette situation stupide, il y avait peu de chance que cela m’arrive.

Mais cela me trottait tellement dans la tête, qu’il a fallu que je m’arrête pour vérifier.

Et quand je me suis retourné, j’ai eu la peur de ma vie…

le cri rauque et strident du Geai des chênes résonna au dessus de moi,

déchirant le silence de la foret et de mes pensées…

Mon cœur s’est soudainement emballé, me faisant rire aux éclats…

J’ai été heureux toute la journée…

***

C’est sur un sentier comme celui-là que tu risques de le croiser,

au beau milieu d’une végétation luxuriante et sauvage, à la recherche de nourriture…

Des indices typiques de la présence d’un Ours… Les pierres retournées.

Là, il a senti  qu’il y avait un nid de Guêpes dans la terre…il a creusé jusqu’à l’atteindre,

et l’a en partie détruit, après avoir prélevé ce dont il avait besoin…

En fait, il  lui suffit de sentir une quelconque nourriture sous les pierres,

même des très grosses,

pour qu’il les retourne, ou les fasse tomber d’un mur…

***

 

L’Ours est très gourmand, et très friant de fruits, sauvages ou non d’ailleurs…

Il n’hésite pas, s’il en a l’occasion, à pénétrer dans les vergers pour voler quelques pommes…

Mais la plupart du temps, ce sont les fruits de la nature qu’il affectionne le plus.

Des Griottes, du Nerprun qui pousse dans les éboulis, du Sorbier ou de l’Alisier,

des prunes et des pommes sauvages qu’il trouve régulièrement.

Il y a 30 ans que le Parc Naturel plante des arbres fruitiers pour les Ours…

Puis à l’automne, des noisettes, des glands, des fènes, des champignons…

Si tu veux voir l’Ours, il faut le chercher là où il y a de la nourriture en abondance…

Ne le cherche pas au mois de juillet sous les Chênes, il y a peu de chance que tu le vois,

il n’y a rien à manger…

***

 

Autre indice de présence…les crottes.. ou excréments…

Celle-là est tellement fraiche, que je regarde à droite et à gauche, si des fois…

C’est une crotte de fin d’été, pleine de baies d’alisier ou de sorbier…

C’est ma plus belle !!!… des fois, il y a des bonheurs simples qui font chaud au cœur !!…

 

Une vieille crotte de printemps…des noyaux de Griottes surement…

 

Quand on cherche vraiment, on en trouve beaucoup…

Je ne vais pas toutes les montrer, mais là, c’est de la tarte aux prunes, et il ne s’en prive pas…

 

Je pense à une vieille crotte de Loup, il ne reste que les poils de sa proie…

***

 

Un autre endroit qu’il est bon d’explorer, ce sont les chemins boueux…

A tous les coups, s’il passe par là, il va laisser ses empreintes de pas,

plus ou moins bien marquées…

 

Alors là, il faut avoir un peu de chance pour trouver une empreinte bien marquée…

Il faut une belle boue, ferme mais pas trop, puis il faut que l’Ours marche au bon endroit.

Ce n’est pas évident de les repérer, souvent dans l’ombre comme ici, et surtout les interpréter…

Pour moi, c’est la patte avant gauche et patte droite…

 

Ici, c’est une patte arrière…

 

Deux pattes qui se suivent…

La patte de derrière devant, et la patte de devant derrière…

 

Des pattes qui se superposent…

 

Et des empreintes discrètes et brouillonnes…

La lecture des empreintes est difficile, parce que souvent pas du tout évidente…

Des fois, on ne distingue que les herbes aplaties par le coussinet de la patte.

J’espère que je ne me suis pas trop trompé…

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D’autres traces de son passage…les griffures…

Que l’on trouve surtout sur les arbres…je n’ai pas eu cette chance..

Les seules que j’ai pu observer, se trouvaient sur les poteaux électriques…

Alors là, tu peux dire qu’ils s’en donnent à cœur joie et avec grand plaisir…

Et c’est normal…ces poteaux ont été traités avec un produit fongicide, et c’est ce qui les attire…

Dans les Pyrénées, les responsables Ours déposaient sur l’écorce de certains arbres,

de l’essence térébenthine, ou un équivalent…

Cela attirait les Ours qui venaient s’y frotter régulièrement en se faisant les griffes dessus,

et surtout en laissant quantité de poils qui étaient prélevés, pour une analyse ADN…

Sur ces trois images, j’imagine que c’est un Ours de bonne corpulence,

ce poteau n’en a peut-être pas pour très longtemps avant de capituler…

 

Et je peux t’assurer qu’il y vient souvent, il adore ça…

Il se lève sur ses deux pattes arrières et avec ses pattes avants,

il se fait les griffes sur ces malheureux poteaux qui ne demandaient rien à personne…

Sur la dernière image, tu peux voir que l’herbe est bien tassée, preuve en est,

que ce poteau est fréquenté au moins toutes les deux nuits…

***

 

L’herbe est bien tassée, peut-être aussi un peu à cause de moi…

Je m’y arrêtais à chaque fois que je passais devant…la curiosité…savoir s’il était venu…

Et la meilleure preuve de son passage, c’était les poils qu’il laissait sur le poteau.

Comme je les prélevais à chacun de mes arrêts, il m’était facile de savoir s’il était passé.

***

Voila ma quête des indices de présence se termine ici.

« La vie avant la trace »

j’ai eu beaucoup de bonheur à les suivre,

à essayer de ressentir certaines émotions,

à partager ses chemins, ses fruits sauvages et sa quiétude…

La beauté silencieuse du jour qui se lève sur la montagne,

t’enseigne la patience du temps, dans l’immensité de ses paysages…

Demain, c’est sûr…j’en parlerai à la Lune…

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