
Ma froidure…
Le vent caressant la neige du Col du Noyer m’a apporté sa froidure.
Bohémian et moi nous nous sommes engourdis dedans.
Aurais-je oublié que j’étais en hiver, et que le froid était le mode de conservation le plus ancien ?
Non, impossible bien sûr, tant il était sec et mordant.
Quand le matin il faut se lever et petit-déjeuner, figé dans une angoisse permanente,
par moins zéro et des poussières, avec la seule envie de vomir,
persistante et récurrente à chaque lever,
et avant d’avaler quelque chose de chaud, de cracher une bile écœurante,
le souffle court, les jambes douloureuses et glacées…
Chaque matin, le réveil me faisait peur, il n’était pas des plus facile.
Des fois je grattais un peu le givre sur la vitre, à l’intérieur de mon camion,
pour me forcer à regarder le paysage immaculé, me persuadant de le trouver beau,
et c’est vrai qu’elle était belle cette neige fraiche…mais que cela va être long encore aujourd’hui…
Alors je m’efforçais de respirer calmement, juste pour reprendre un peu mes esprits.
Mais je me demande ce qui m’a fait le plus de mal, le froid qui m’étreignait dans ses tenailles,
ou cette solitude dans laquelle je me suis retrouvé enfermé,
envahi par un sentiment d’abandon.
Cette panne stupide, et ces mécanos qui ne viennent pas au prétexte qu’il fait trop froid,
et ces appels téléphoniques qui sonnent dans le vide, comme si de l’autre coté du col,
plus rien n’existait dans un monde ankylosé et silencieux…
Pendant des jours et des jours j’ai souffert du froid, parce que cette froidure
m’a fait mal au corps et à la tête,
et elle m’a rappelé une fois de plus que je n’avais plus 20 ans..
Aurais-je oublié que je suis en hiver, et que c’est ma « van life »,
et que c’est surtout mon choix ?…
Non, impossible bien sûr, tant j’en suis heureux.
Alors il parait qu’il faut croire en ses rêves…et pour ma part, j’y suis en plein dedans…
Cet épisode un tant soit peu frigorifié et tous ces souvenirs démoniaques
qui en ont profité pour refaire surface, m’ont un peu chamboulé.
J’ai changé mon regard, sur moi, sur le restant de ma vie, et sur les autres…
J’ai réappris à vivre pour moi-même, différemment et simplement pour aller vers l’essentiel,
et je n’ai surtout pas oublié que je suis entouré d’une nature merveilleuse, sans pareille dans l’univers,
et comme je le dis souvent, les fleurs, les oiseaux et les animaux sauvages
ne sont sur terre que pour enchanter ma vie…
Il faut prendre le temps de s’arrêter et de regarder la nature qui nous entoure,
au risque de perdre « son humanité »…

Il parait que le chemin pour aller en Italie, c’est par là…
c’est facile, il suffit de suivre la flèche…
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